mercredi 15 juillet 2009

La minute du chercheur : Risque pays et Contagion


Question de AL (pour sa thèse de doctorat) : J'ai beaucoup lu vos articles sur la problématique du rating et le fait que les modèles économétriques des agences soient peu accessibles et constituent des boites noires. Je travaille sur le rating pays et la contagion en introduisant une nouvelle composante qui est la dimension spatiale. L’idée est d’évaluer l'effet de la "contagion spatiale" en tant nouveau canal de transmission (ou non des crises), ou encore chercher le lien entre contagion et rating afin de trouver une nouvelle méthode de calcul du risque pays. Le problème majeur réside dans l'accès aux bases de donnés sur le rating risque pays, notamment celles des agences de rating Fitch, Moody's et S&P.

Réponse de Yasmine GUESSOUM : Vous êtes sur une problématique fort pertinente. A première vue, je dirais que la contagion est un effet collatéral d’une spéculation "auto-réalisatrice". En effet, les cycles de crises qui ont eu lieu à la fin des années 1990, début 2000 et à l’heure actuelle, ont toutes été nourries par des effets d'annonces qui on petit à petit plongé des périmètres entiers par "mimétisme" ou contagion. Ces effets d'annonce prennent le plus souvent la forme de rating, qui ont pour rôle de prévenir les investisseurs des risques qu'ils encourent lors des opérations effectuées sur leurs capitaux. En somme, vous tenez là un sujet fort intéressant. Pour ce qui est des bases de données, le meilleur conseil que je puisse vous prodiguer est de faire la même chose que moi à l'époque, à savoir, entrer en contact direct avec les agences en expliquant le cadre académique de vos recherches.

mardi 30 juin 2009

La minute du chercheur : Risque pays et Exports des PME


Question de LB (pour son mémoire de fin d’études) : Ma question concerne l'export des PME belges en Chine. Mon sujet approche les petites structures qui travaillent avec la Chine et qui n'ont pas accès aux données des institutions que vous présentez dans votre article "Evaluation du Risque Pays par les Agences de Rating : Transparence et Convergence des Méthodes" (Février 2004). Ces petites structures doivent se contenter d'informations internes ou des indicateurs publiés gratuitement par les organismes d'assurances-crédit tels que l'ONDD, Euler-Hermès, etc. Utilisent-ils les mêmes techniques que Moody ou S&P par exemple ? Sont-ils eux-même client de ce genre d'institutions ?

Réponse de Yasmine GUESSOUM : Vous remarquerez à l’issue de ce papier que même l’on a affaire à des "boites noires", celles-ci convergeaient sur le plan des résultats... D’un point de vue pédagogique, ICRG reste néanmoins l’indicateur le plus transparent et le meilleur exemple pour comprendre le fonctionnement du rating. A la base, les modalités de calcul sont toutes soumise à des règles communes d'indicateurs politiques, économiques et financiers, pondérés (mêmes poids ou poids variables). Cette pondération est "arbitraire" et introduit un biais. Une autre part de subjectivité intervient lors de la décision finale d’attribution d’une note, étant donnés les enjeux sur les marchés qui peuvent avoir des conséquences non négligeables sur un pays tout entier. C’est dire la force des agences leader du marché comme Fitch, Moody’s et S&P. Pour en revenir à vos questions, en effet les organismes d’assurance sont contraints de se cantonner aux résultats publiés par les agences suscitées (ou tout au moins de s’en inspirer), compte tenu de la concurrence sur le marché de la notation qui reste à caractère oligopolistique.

lundi 29 juin 2009

La minute du chercheur : Risque pays et IDE


Question de JD (pour son mémoire de fin d’étude) : Dans quelle mesure la notation du risque pays par les agences influence-t-elle les stratégies d'investissement dans les pays concernés ? Pour tenter de répondre à cette question, je souhaitais récolter les données risque pays de l’agence Fitch Ratigns et les montant des IDE sur une dizaine de pays et pour les 20 dernières années. Je pensais ensuite montrer s’il y'avait ou non corrélation. Pour l'IDE, les données sont disponibles, mais pour les notes risque pays de l’agence Fitch, elles remontent à environ 2000. J'avais prévu un spectre d'étude entre 1987 et 2007, autrement mon analyse risque de ne pas être pertinente.

Réponse de Yasmine GUESSOUM : Une étude de corrélation entre rating risque pays et IDE est une excellente piste de recherche. Mon intuition ainsi que mon expérience me permettent de me prononcer en faveur d’une corrélation significative et positive entre les deux variables énoncées. En effet, le calcul de la note risque pays tient compte dans son axe économique du montants des investissements directs étrangers (IDE) qui sont moins volatils que les capitaux à courts termes (crédits) et sont gage de stabilité. De plus, le niveau d’attractivité d’un pays pour un investisseur est souvent jugé d’après la note accordée au pays d’implantation. Non seulement il y a corrélation, mais de surcroit, elle marche dans les deux sens. Ceci peut prêter à confusion et perturber les marchés : un pays bien noté par une agence attire davantage d’investissements, sa note s’améliore, il en attire encore plus… Inversement lorsqu’un pays s’engouffre dans une spirale de dévaluation de son attractivité. Le caractère auto-réalisateur octroi à ces agences les rênes du marché… Pour ce qui est de la question du panel de données, il est à noter que la longueur de la série temporelle ne fait pas tout, vous pouvez à défaut d’avoir 20 années, multiplier le nombre de pays.

lundi 8 juin 2009

Interview pour l'émission "L'heure des comptes"

Lundi 25 mai 2009, l'émission économique "L'heure des comptes" de Radio-Canada, se consacre au risque-pays et au rôle tenu par les agences de notation. A cette occasion, la journaliste Carole Graveline interview Yasmine Guessoum sur ce sujet hautement sensible, notamment en ces temps de crise.
Ecouter l'émission sur :

mardi 24 juin 2008

Evaluation des risques et processus de décision

Très souvent perçue en tant qu’instrument de jugement a posteriori, l’évaluation des risques a entre autre été conçue comme méthode d'appui à l'orientation des politiques et la gestion de projets. A présent devenu étape incontournable, notamment dans le domaine de l’aide à la décision, cette pratique est non seulement empruntée pour tirer profit d’expériences antérieures, mais elle est aussi utilisée à des fins de contrôle, d’autant plus sollicitée, que la stabilité du contexte économique actuel est mise à l’épreuve. Evaluer les risques, c’est donc une démarche indispensable à l’orientation voire à l’influence de tout processus de décision, à partir du moment où il s’agit d’opter pour un projet, d’entreprendre un processus de réforme ou de faire le bilan d’une situation. Dans la pratique, l’évaluation, appliquée sous une forme opérationnelle, suppose l’emploi de diverses méthodes d’agrégation (représentation des actions, construction des indicateurs, modélisation des préférences), avec l’idée d’attribuer une valeur ou un sens à une situation réelle, à la lumière d’une situation désirée. En effet, il est avant tout question de formuler un jugement, de confronter des données relevant d’un fait concernant l’objet réel à évaluer et d’autres données relevant de l’idéal (attentes ou intentions qui s’appliquent à ce même objet). L’évaluation reste donc étroitement liée à des notions purement subjectives et se heurte encore à des conflits d’ordre théoriques, notamment à cause du concept de jugement qui y joue un rôle prédominant.

Télécharger la suite sur : http://www.univ-cefi.fr/IMG/pdf/0312.pdf

Evaluation des risques et indicateurs de performance

L’analyse des risques à partir d’indicateurs de performance est quasi-impossible compte tenu de la masse d’information qu’il convient d’interpréter. Si l’on s’en tient à 50 indicateurs de performance, une comparaison entre 20 pays ou projets nécessiterait l’interprétation d’un tableau de 1000 variables. Le suivi temporel implique le traitement d’une information plus volumineuse encore (une analyse sur deux années ferait passer ce chiffre à 2000). Pour délivrer un message synthétique, il est possible de recourir aux indices composites calculés à partir de moyenne d’indicateurs élémentaires, à l’image des notations délivrées par les agences de rating. Toutefois, celles-ci ne peuvent être utilisées qu’à titre informationnel. Ces évaluations ne convergent pas forcément et manquent de transparence, au point d’être assimilées à des boites noires. D'autres méthodes permettent de visualiser simultanément indicateur de performance et objectifs, voire de prendre en compte plusieurs années pour une analyse temporelle. Ceci relève d’une démarche multicritère et permet de délivrer un message synthétique adapté à chaque décideur, quels que soient le contexte de l’étude et le projet ciblé. Mes travaux de recherche portent sur l’adaptation de l’analyse multicritère, en tant que procédé novateur d’aide à la décision, aux évaluations des processus dynamiques. L’idée étant de mettre au point un instrument de mesure permettant d’évaluer des pays, entreprises, ou projets vers des objectifs prédéfinis dans une optique d’apprentissage des bonnes pratiques. Il s’agit également d’estimer leur évolution dans une optique comparative. Au final, un outil d’évaluation interactif, associant les principes de rating (classement) et de benchmarking (classification), est proposé.

Télécharger la suite sur : http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/guessoum_nice.pdf

Rating, benchmarking, qu'est ce que c'est ?

Le rating ou la notation consiste en l’élaboration d’un compte-rendu ponctuel (snapshot) de la situation d’un pays, qu’il s’agisse de l’évaluation des risques encourus par les agents économiques ayant conclu un contrat à l’échelle internationale, ou encore de l’état d’avancement des programmes menés par les autorités politiques. Cette démarche est entreprise par des institutions spécialisées issues de différents secteurs d’activité. Le contenu informationnel du rating permet aux entités pouvant être sujettes aux risques mais aussi à celles qui en sont à l’origine, de mieux l’appréhender. Dans ce sens, l'analyse du risque-pays est un instrument tactique, tant pour les émetteurs de titres que pour les agents attendant un retour sur capitaux investis, prêtés ou issus de créances commerciales. Aux côtés du processus de notation, le benchmarking est une approche plus poussée qui intègre une dimension supplémentaire : le positionnement par rapport à des objectifs. Il consiste en la comparaison régulière des performances avec des références , l’identification des écarts par rapport aux bonnes pratiques, puis le suivi/contrôle des progrès. L’avantage décisionnel qu’offre le benchmarking est incontestable : c'est un instrument stratégique d’orientation et d'aide à la décision. Les rapports émis par les organismes spécialisés dans la notation, complètent les études de marchés et technico-économiques. Il s'agit d'un support d'arbitrage entre risque et rendement. Plus le champ de l’étude est délimité, plus l’indicateur utilisé est significatif et plus l'évaluation est efficace. Dans ce sens, les organismes chargés de la notation se spécialisent davantage en restreignant leur domaine d’activité afin d’optimiser la qualité de leur service. Une typologie de ces organismes a permis de les répartir selon le domaine d'activité ciblé (agences de notation, compagnies d’assurance, cabinets de consulting, journaux financiers), l’objet évalué (entreprise, pays) ainsi que les indicateurs proposés pour ce faire.